« Les douleurs pelviennes restent difficiles à évoquer. »
Longtemps banalisées, souvent tues, elles isolent pourtant des milliers de femmes. Rencontre avec le Dr Vicky Lambeaux, algologue au CHRSM, pour briser le silence et mieux comprendre leur prise en charge.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Anesthésiste et urgentiste de formation, j’ai travaillé pendant une dizaine d’années dans un service d’urgences. Par la suite, je me suis spécialisée dans la prise en charge des douleurs chroniques grâce à une formation à Paris, avant d’intégrer une clinique de la douleur. Au fil de mes consultations, j’ai été particulièrement marquée par les patientes souffrant de douleurs pelviennes chroniques, souvent confrontées à des parcours médicaux complexes. Cela m’a poussée à approfondir ce domaine via une formation à Nantes, puis à rejoindre récemment la clinique de l’endométriose du CHRSM.
Qu’est-ce que l’algologie ?
L’algologie est la discipline médicale dédiée à l’étude, l’évaluation et le traitement de la douleur, en particulier lorsqu’elle devient chronique (au-delà de trois mois). Nous analysons la douleur dans toutes ses dimensions : sensorielle, affective, comportementale et cognitive. L’objectif est de proposer une prise en charge globale et multidisciplinaire.
Quelles sont les spécificités des douleurs liées à l’endométriose ?
Les douleurs liées à l’endométriose peuvent être très variées : douleurs pendant les règles (dysménorrhée), lors des rapports sexuels (dyspareunie), douleurs digestives, urinaires, dans les membres inférieurs ou encore douleurs pelviennes chroniques. Elles s’expliquent par plusieurs mécanismes : inflammation, adhérences, contractures, mais aussi une sensibilisation du système nerveux qui amplifie la perception de la douleur. Un point important : il n’y a pas toujours de lien entre l’importance des lésions et l’intensité des douleurs.
Comment se déroule la prise en charge ?
Chaque prise en charge est personnalisée. Elle dépend des symptômes, mais aussi du mode de vie, des attentes et du projet de vie. Nous privilégions une approche globale avec une équipe pluridisciplinaire : kinésithérapeutes, infirmières, psychologues, sexologues, nutritionnistes. Les traitements peuvent être médicamenteux, mais aussi non médicamenteux, comme le TENS ou l’hypnose.
Quels conseils donneriez-vous aux patientes ?
Les douleurs pelviennes restent difficiles à évoquer. Il est souvent plus simple de dire qu’on a mal au dos que de parler de douleurs menstruelles ou pelviennes. Ces douleurs ne sont pas toujours prises au sérieux, car elles sont encore trop souvent considérées comme normales. Il est important de rappeler aux patientes qu’elles ne sont pas seules et qu’il existe des structures pour les accompagner.
Comment se déroule une consultation ?
La première étape consiste à retracer le parcours de la patiente. Ensuite, nous évaluons précisément la douleur : localisation, intensité, facteurs déclenchants ou soulageants. Nous analysons aussi son impact sur le quotidien, le sommeil et le moral. Puis nous construisons ensemble une prise en charge adaptée.
Un message à faire passer ?
Des douleurs de règles intenses, résistantes aux antalgiques simples ou qui perturbent la vie quotidienne ne sont pas normales. Plus la prise en charge est précoce, plus on limite l’installation de la maladie et ses conséquences sur la qualité de vie.